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Le distillateur ambulant

Contrairement à l’idée communément répandue, le bouilleur de cru ne fabrique pas l’alcool, il amène le crû (le marc la lie ou le cidre) qui servira à fabriquer l’eau de vie. Le distillateur ambulant est la personne qui passe de village en village pour transformer le cru en alcool. Le “droit de bouillir” appelé privilège avait été institué par Napoléon en 1806 et permettait à chaque récoltant de bouillir 1000 degrés. Ce privilège était accordé aux agriculteurs affiliés à la MSA (régime des prestations familiales) et n’est plus accordé depuis décembre 1960, sauf aux anciens combattants d’Algérie.

Ce privilège était transmissible aux descendants jusqu’à cette date où il a été aboli tout en maintenant les droits existants. Les droits pouvaient être transmis au conjoint, mais pas aux héritiers. La loi de finances avait prévu de supprimer ce privilège au 1er janvier 2008, mais il a été prorogé au 1er janvier 2013. Généralement, on bouillait du mois de septembre au mois de mai en des lieux qui étaient fixés par les indirects. Le distillateur n’avait pas le droit de s’installer où bon lui semblait et effectuait, en principe, deux passages par période. Le plus souvent, les lieux étaient proches d’une rivière ou d’une fontaine, l’eau étant nécessaire au coupage de l’eau-de-vie. À Muzillac, on bouillait au Pont-borec, à Bodveil et à Pouldruhenne.

Jeanne Gergaud, dernière distillatrice ambulante muzillacaise et son alambic.

Généralement, le distillateur était propriétaire de sa machine et avait reçu au préalable un agrément par les indirects.

Il pouvait être agriculteur, exploitant, à côté, une petite ferme. Le travail consistait à chauffer la machine à l’aide d’une chaudière à bois, bois qui avait été, au préalable, apporté (sec de préférence et en quantité suffisante) par l’agriculteur. La machine pouvait être de marque Coyac qui fonctionnait par chauffe (soit 5 à 6 clients par jour) ou de marque Guillaume qui fonctionnait en continu, plus rapide et donc plus rentable (jusqu’à 15 clients par jour).

1920 : Un alambic devant l’hôtel Juhel Rue d’Armorique à Muzillac.

Le moût était mis dans la cuve et sous l’effet de la chaleur, l’alcool s’évaporait. Il remontait dans ce que l’on appelait la lentille de rectification puis redescendait par le serpentin (refroidi dans une cuve remplie d’eau) et, de l’état gazeux repassait à l’état liquide et finissait par couler dans le décalitre où se trouvait le pèse-alcool indiquant le degré de l’eau-de-vie. Généralement, la première sortie était autour de 80° et, très souvent, les bouilleurs en prélevaient une bouteille avant que ne soit effectué le coupage ou la pesée (ajout d’eau pour ramener le degré de l’eau de vie à 50°). Cette bouteille d’alcool fort était ensuite utilisée à des fins thérapeutiques (désinfectant pour blessures, pour des soins de la peau lorsqu’il avait macéré avec des pétales de rose ou d’arums). Le reste de l’eau de vie était pour la consommation personnelle des bouilleurs. À une époque, il en était bu avec et après le café (la rincette), ou en liqueurs (pruneaux, cerises). La conservation de cet alcool se faisait dans des “barriqueaux” en bois ou dans des “touques” en verre. Le distillateur ambulant n’avait pas de formation spécifique. L’apprentissage se faisait sur le tas et le métier n’était pas facile. Au préalable, le distillateur parcourait la campagne à vélo pour prévenir les gens des jours de passage de la machine (pas de téléphone). Ensuite, la journée commençait le plus souvent vers 6 heures le matin car 1 heure 30 était nécessaire pour chauffer la machine. Elle se terminait vers 19 heures, après le rinçage des cuves, le retrait de l’eau-de-vie ne pouvant se faire avant 18 heures. Le distillateur devait tenir à jour des registres où il notait les horaires de début et de fin de chauffe, client par client. Quant à ce dernier, il lui était demandé un premier laissez-passer avec le temps de transport pour apporter le cidre et un deuxième avec le temps de transport pour rapporter l’eau-de-vie.

A Le Bot.

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